Ce travail date de 2004-2005, je l'ai montré à mon diplôme, sous la forme d'un livre et d'un accrochage de douze images, tirées en 70*105, contrecollées sur dibond.

J'avais alors écrit ce texte :

Je photographie en ville, "parce que c'est là qu'est la vie". Photographier est alors ce qui me donne envie de voir, de parcourir la ville. Je n'obéis à aucun programme préétabli.

Ce qui m'intéresse, c'est essayer de trouver ce qui m'intéresse.
Je fais confiance à mon intuition: le moment que je cherche est celui de la rencontre entre la réalité et une image mentale, entre la réalité d'une grande ville occidentale et mon expérience, ce qui me constitue et les images qui m'habitent.

La ville est le lieu de la modernité, celui du progrès, réel ou supposé. De ce qui fait l'humain, ce qui le fait se tenir debout : le langage, le sens, l'histoire.

Elle est le lieu des hommes. C'est le lieu du rapport à l'autre. Mais le lieu des hommes est aussi celui qui les exclut.

La ville se rend étrange, étrangère. La réalité des lieux familiers traversés par la lumière peut alors trembler. Point alors un sentiment d'inquiétante-étrangeté. Comme si l'homme était exclu des endroits familiers, par la lumière qui coupe dans l'image, isole.

Je cherche ma place dans ce lieu devenu étranger et j'essaie de voir quelle peut y être celle de l'humain. La ville est le lieu de l'émergence de l'humain : là, il s'arrache à l'indéfini, aux ténèbres. Là il est menacé de disparition.

Les personnes que je photographie sont en apparition, en instance de réalisation : ils sont dans le sens, même si ce sens est toujours différé, donné en attente : en instance, dans un horizon de sens, en attente de langage.

Mais l'apparition est disparaissante, c'est un instant entr'aperçu, le temps d'un battement de paupières, le temps d'un clignement d'yeux. C'est un moment de grande tension : entre l'apparition et la disparition, le moment où la chose apparue/vue est sur le point de disparaître.

La lumière est ce qui permet cette apparition ; elle sépare, arrache du fond. Elle est ce qui donne à voir : elle met en avant, c'est elle qui expose.
Sans lumière, pas d'être, c'est le noir, les ténèbres, l'élémental.

En photographie, la lumière mord dans le noir indéfini du négatif, elle l'entame. En même temps, elle sort de lui. Sans ombre, pas de photographie.

L'apparition des choses, comme leur capture photographique, créent des failles dans la réalité.

Pas de mystère dans les choses, mais un mystère des choses, de leur être là, de leur existence dans la lumière. Les personnes sont extraites de la réalité par la prise de vue, elles basculent dans un lieu sans signification, coupé, dramatisé par la lumière.

"Homme qui espères, inquiet,
Ombre lasse dans la lumière poussiéreuse,
La dernière chaleur est bientôt en allée,
Tu erreras, incertain... "
Ombre, 1927.
Giuseppe Ungaretti, Vie d'un homme

Sans titre, Londres, 2005
Sans titre, Londres, 2005
Sans titre, Londres, 2005
Sans titre, Londres, 2005
Sans titre, Londres, 2005
Sans titre, Londres, 2005
Sans titre, Londres, 2005
Sans titre, Barcelone, 2005
Sans titre, Florence, 2005
Sans titre, Londres, 2005
Sans titre, Paris, 2004
Sans titre, Barcelone, 2005
Sans titre, Paris, 2005
Sans titre, Barcelone, 2005
Sans titre, Paris, 2002
Sans titre, Londres, 2005
Sans titre, Londres, 2005
Sans titre, Londres, 2005
Sans titre, Londres, 2005
Sans titre, Londres, 2005
Sans titre, Barcelone, 2005
Sans titre, Londres, 2005
Sans titre, Barcelone, 2005
Sans titre, Londres, 2005
Sans titre, Paris, 2004