Le Quoc Ngu, ou «langue du pays », écriture inventée au XVIIè siècle par Alexandre de Rhodes, missionnaire catholique qui adapte l'écriture latine à la langue vietnamienne, en l'enrichissant de signes diacritiques pour figurer les sons, est d'abord utilisée pour l'évangélisation, puis par le clergé national.
Peu à peu cependant, les cercles progressistes vietnamiens s'y intéressent. Au début du XXè siècle, sous l'action des membres de l'École hanoïenne de la juste cause, groupe réformiste souhaitant mettre en valeur le génie de la civilisation vietnamienne, pour qui «l'écriture romanisée de la langue nationale est l'essence du pays», elle devient instrument de lutte contre la colonisation, pour l'indépendance et la modernisation de la société.
Elle est adoptée comme écriture nationale lors de l'indépendance en 1954.
Le catholicisme vietnamien, où s'origine cette écriture, connaît une même histoire complexe et une même assimilation. Avec sept millions de fidèles, soit près de neuf pourcents de la population, il représente aujourd'hui la seconde religion du Vietnam.
Objet de persécutions jusqu'à la fin du XIXè siècle pour ses liens supposés avec l'étranger, il s'enracine pourtant dans le pays, y acquiert un caractère propre et constitue peu à peu un trait culturel national. Alors qu'il décline dans le Nord après la prise du pouvoir par les communistes en 1954, il se développe au Sud, où se réfugient les fidèles.
Aujourd'hui, les églises s'y construisent en nombre, dans une liberté toute relative, tandis qu'au Nord, et notamment à Hanoi, les autorités durcissent leur position, opérant expropriations, démolitions de bâtiments, destruction de statues, et procèdent à une répression violente, faite de menaces, tabassages et emprisonnements arbitraires.
Ce sont les formes de cette appropriation que j'ai souhaité montrer, au sein d'une culture vietnamienne qui a, tout au long de son histoire, pleinement assimilé les multiples influences étrangères.
Formes du catholicisme vietnamien, 2008.